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• >  "Le cinéma marocain se porte bien mais manque cruellement de salles" sur www.limage.info
 
Le cinéma marocain, qui fête son 50e anniversaire à l'occasion du Festival international du film de Marrakech (FIFM), se porte bien mais manque cruellement de salles, selon Nour-Eddine Saïl, directeur du Centre cinématographique marocain (CCM).

Le fils maudit, le premier long métrage marocain, a été réalisé et produit en 1958 par Mohamed Osfour, un cinéaste autodidacte décédé en 2005.

Aujourd'hui, selon des chiffres officiels, une quinzaine de longs métrages et quelque 50 courts métrages sont produits annuellement dans le royaume.

La plupart de ces films sont tournés en arabe dialectal, avec sous-titres en français.

En termes de production, "nous sommes dans la moyenne de la Suisse ou de la Belgique", estime Saïl, qui se félicite d'un "véritable vivier de jeunes talents", avec en particulier l'émergence de nombreuses femmes venues du court métrage. Depuis 1958, ajoute-t-il dans un entretien à l'AFP, environ 200 longs métrages ont été réalisés par des cinéastes marocains.

Le Maroc est d'ailleurs représenté par trois films à cette 8e édition du FIFM (14 au 22 novembre): Kandisha, de Jérôme Cohen-Olivar (en compétition pour l'Etoile d'or), Tu te souviens d'Adil de Mohamed Zineddine (catégorie "coups de coeur") et Amours voilées d'Aziz Salmy (hors compétition).

L'Etat considère la production cinématographique "comme une affaire sérieuse", souligne Saïl, et il encourage l'industrie cinématographique nationale grâce à un fond de soutien (avances sur recettes) qui se monte cette année à 60 millions de dirhams (5.45 millions EUR), le double de 2004.

Les thèmes les plus souvent abordés par les réalisateurs marocains sont "tout ce qui touche au social", explique Saïl (également vice-président délégué de la fondation du FIFM).

Depuis l'accession au trône de Mohammed VI, en juillet 1999, et la libéralisation progressive du pays qui a suivi, les cinéastes marocains n'hésitent pas à traiter des sujets jadis tabou comme les "années de plomb" du règne de Hassan II.

"On ne fait pas de cinéma national sans liberté d'expression", poursuit le directeur du CCM, qui se félicite de ce nouveau climat.

Le Maroc manque toutefois de salles, et de salles adaptées, pour attirer un public qui a littéralement fondu au cours des trente dernières années, déplore-t-il.

A la fin des années 70, on comptait environ 40 millions de spectateurs par an. Il n'en reste qu'environ 4 millions. "La catastrophe a commencé à la fin des années 80", note-t-il, avec l'arrivée massive de chaînes de télévision étrangères qui diffusent des films à toute heure du jour et de la nuit.

Face à ce déferlement, les exploitants de salles obscures "se sont comportés en rentiers et n'ont pas compris l'évolution du marché", affirme Saïl. "Pour ramener le public dans les cinémas, il faut construire de nouvelles salles, sur le modèle des multiplexes européens ou nord-américains".

Selon lui, il faut privilégier les salles de taille moyenne, idéalement de 100 à 500 places, pour mieux s'adapter à la fréquentation, aux goûts fluctuants du public.

Le royaume ne compte aujourd'hui que 90 écrans (220 à la fin des années 70), contre quelque 300 en Afrique du sud et 250 en Egypte, précise Nour-Eddine Saïl: "c'est plus qu'en Algérie ou en Tunisie mais c'est une maigre consolation et nous avons besoin de 150 salles supplémentaires dans les cinq ans à venir".

Source: Limage www.limage.info/Le-cinema-marocai ...
 

• >  L'avènement d'une cinéaste: Home de Ursula Meier
 
Home de Ursula Meier est en quelque sorte la coproduction francophone type: réalisatrice suisse, études belges, financements français... Cette coproduction suisso-belgo-française, présentée à la Semaine de la Critique, est sortie sur les écrans suisses, français, puis belges, recevant des critiques dithyrambiques. Extraits:

- Pour son premier film, Ursula Meier vient de faire un sans-faute. Elle mélange comédie et drame, humour et malaise, photographie chaude et lumière blafarde avec le bruit régnant autour d'une autoroute. (Brazil, Eric Coubard)
- "la plus grande qua­lité de Home, c'est d'être parfaitement original. Ursula Meier a réussi une fable gorgée de couleurs vives et d'entrelacs mystérieux, de pistes qu'elle propose d'emprunter, sans jamais nous forcer à les suivre... On sent, chez elle, un plaisir à inventer, à tenter, à surprendre. A provoquer, même." (Pierre Murat, Telerama, http://www.telerama.fr/cinema/films/home ...)
- "Une petite famille vaque à ses affaires au bord d'une autoroute désaffectée. Une vision dépaysante qui dénote un tempérament de créateur d'images comme on en rencontre peu. La suite, entre psychodrame effleuré par l'aile du fantastique et méditation politiquement très incorrecte sur notre civilisation, confirme superbement l'impression inaugurale : une cinéaste est née." (Bernard Achour, Nouvel Observateur)
- "...un film-monde qui ne ressemble à aucun autre. On aimerait bien que le cinéma soit toujours aussi libre, aussi inventif, aussi stimulant que ce Home... Un petit miracle de cinéma." (Rafaël Wolf pour Le Matin)
- "L’auteur excelle dans la peinture - au propre comme au figuré - de certains petits instants, trouvant souvent le ton juste pour caractériser, avec une égale attention, chaque membre de la famille et ses petites obsessions - Huppert et Gourmet savent avec générosité laisser exister leurs jeunes partenaires." (Alain Lorfèvre, La Libre Belgique)
- "Le vrai talent d'Ursula Meier, c'est de transcender un sujet social ardu, digne d'un doc pour Envoyé spécial ou Strip-tease, en une matière purement artistique, et finalement en un univers à nul autre pareil, digne d'un vrai film d'auteur. Un film qui rend visibles les invisibles." (Nicolas Crousse, Le Soir)
- "Home, le film dont la Suisse rêvait. Chef d'oeuvre. Le premier film de cinéma de la Suissesse Ursula Meier sort aujourd'hui. Comment, dans le contexte du cinéma suisse et européen, un tel bijou a-t-il pu voir le jour?" (Le Temps)
 

• >  Khamsa, le nouveau film de Karim Dridi, bien accueilli par la critique
 
Khamsa, le dernier film du réalisateur français d'origine algérienne Karim Dridi, est sorti le 8 octobre dernier en France, où il a reçu un accueil critique particulièrement bien.

François-Guillaume Lorrain n'hésite pas à évoquer Truffaut dans Le Point:
"Avec Khamsa(...), Dridi a évité tous les pièges : folklorisme, complaisance, misérabilisme, politiquement correct... Dridi a su malaxer un matériau brut phénoménal, sans perdre de vue son histoire, sans oublier qu'il faisait du cinéma. Khamsa est moins un film sur les Gitans qu'un « 400 coups » du XXIe siècle"
http://www.lepoint.fr/actualites-cinema/ ...

ME Rouchy parle de "Tout un univers à la marge, râpeux et discordant - la signature douce-amère de ce réalisateur hors norme." dans Le Nouvel Observateur. Olivier Séguret y voit "Le Visage des Damnés" dans Libération: " Si le film de Dridi est troublant c’est aussi en vertu de sa beauté implacable. Tant de vie, tant de force, tant de grâce observées avec vérité et pessimisme  : Khamsa espère sans doute nous émouvoir, nous insurger, nous toucher, mais il ne compte pas nous laisser dormir tranquille." http://www.ecrans.fr/Le-visage-des-damne ...

On s'accorde sur la justesse de ton: "Au prêche compassionnel, Karim Dridi préfère la vie à l'état brut, l'énergie crépitante et la grâce de ces ­enfants, leurs plongeons téméraires dans les eaux du chantier naval de l'Estaque. Les combats de coqs, l'alcool, les parties de carte, l'ivresse d'une virée en scooter, la verve extraordinaire des dialogues : tout ici sonne juste et fort." (Cécile Mury pour Telerama, http://www.telerama.fr/cinema/films/kham ...)

Serge Kaganski pour Les Inrockuptibles: "Une facilité à entremêler comédie et tragédie. Une capacité à rendre de la beauté et de la dignité à des être généralement considérés comme laids et indignes. (...) il (Karim Dridi) a réalisé là un authentique et puissant film populaire."

Belle unanimité donc, pour ce film à la fois fort et fragile.
 

• >  Portrait d'Osvalde Lewat par Georges Dougueli pour Jeune Afrique
 
Documentariste née à Yaoundé, elle vit dans la région parisienne. Son premier long-métrage, Une affaire de nègres, a été présenté au dernier Festival de Cannes.

Il y a longtemps qu’elle ne se formalise plus lorsqu’on orthographie son prénom, il est vrai peu courant, de manière fantaisiste. Elle a même pris le parti d’en rire. Sur une feuille de papier, Osvalde Lewat s’amuse à recenser les différentes façons de la « rater » : « Oswalde », « Hosvald », « Ausvalde »…

À 31 ans, cette réalisatrice camerounaise n’est pourtant pas du genre à rire de tout. Elle s’est même fait une spécialité de faire pleurer. À l’instar d’Au-delà de la peine (2003), d’Un amour pendant la guerre (2005) ou d’Une affaire de nègres, son premier long-métrage documentaire sorti sur les écrans en juin, ses films sont souvent sombres. Et toujours engagés. Ils traitent de l’injustice, des traumatismes provoqués par les conflits armés, des crimes d’État…

Alors, promis juré, son prochain sera une comédie. Histoire de changer de registre et de prendre du champ après les remous suscités par sa dernière enquête. Le film a été projeté en avant-première le 26 juin, au Club de l’Étoile, à Paris. Quatre mois auparavant, une version télévisée de cinquante-deux minutes intitulée Les Disparus de Douala avait été diffusée sur la chaîne publique France 5. La réalisatrice y raconte l’histoire de neuf jeunes Camerounais enlevés en janvier 2001 par une unité spéciale des forces de sécurité camerounaises chargée d’éradiquer le grand banditisme dans les bidonvilles de la métropole côtière. Ont-ils été exécutés avec près d’un millier d’autres personnes, comme le pensent les ONG ? Seule certitude : sept ans après leur arrestation, personne ne les a revus. Et rien n’a changé dans ce cloaque.

En 2005, cette jeune femme gracile a fait une courte dépression après un tournage de plusieurs mois dans l’est de la RD Congo, au plus fort de la guerre. Elle a fini par en faire des cauchemars : « Mes nuits étaient peuplées de villages du Kivu dévastés, de vieilles femmes racontant avoir été violées par des miliciens armés et drogués », raconte-t-elle. On comprend qu’Osvalde ait aujourd’hui besoin de respirer. De penser à autre chose qu’à des calamités.?Depuis 2003, elle vit dans une paisible commune des Yvelines, dans la grande région parisienne. Loin, très loin du cauchemar congolais.

Née à Yaoundé, au Cameroun, Osvalde a grandi dans une famille marquée par les fréquentes absences de son père, Jean-Charles Lewat, directeur chez Alubassa, une filiale du groupe français Péchiney spécialisée dans la transformation de l’aluminium, à Douala. Lorsqu’elle a 13 ans, sa mère décède et l’adolescente trouve refuge dans les livres, qu’elle dévore, et les films : de Ben Hur, le chef-d’œuvre de William Wyler, à La Jeune Fille et la mort, de Roman Polanski, en passant par La Liste de Schindler, de Steven Spielberg…

Comme il lui faut quand même prendre sa vie en main, Osvalde décide de devenir psychothérapeute. Mais son père, guère enthousiaste, finit par l’en dissuader. Alors, après le baccalauréat, elle intègre une école de journalisme et, à l’issue de sa formation, en 2000, est recrutée par Cameroon Tribune, le quotidien d’État. Mais la jeune reporter prend très vite conscience des limites du métier. Aux contraintes éditoriales d’un journal où elle se sent à l’étroit, elle préfère la liberté du documentariste. «J’étais très sensibilisée à toutes les questions relatives aux violations des droits de l’homme», explique-t-elle.
Après avoir renoncé au journalisme et avant de s’orienter définitivement vers la vidéo, Osvalde s’était familiarisée avec le documentaire, au hasard d’un stage à l’Institut national de l’image et du son (Inis), à Montréal. En 2000, elle tourne son premier court-métrage, Le Calumet de l’espoir, tourné au Canada avec des Amérindiens. Puis, deux ans plus tard, Au-delà de la peine, un film retraçant la vie de Léppé, le plus vieux prisonnier du Cameroun, condamné à quatre ans de prison en novembre 1969 et qui n’en sortira que… trente-trois ans plus tard, en août 2002. À cause d’une erreur ­administrative !

C’est à cette époque que, lors d’un reportage sur la coopération au Cameroun, elle rencontre l’amour en la personne d’un jeune diplomate français, Luc Hallade. Un mariage et deux enfants plus tard, la petite famille navigue entre sa maison des Yvelines et les diverses capitales où Luc est affecté. En 2004, leur première destination n’a rien d’une sinécure…

À Kinshasa, leur villa est mitoyenne de celle du chef de guerre Jean-Pierre Bemba, devenu, l’année précédente, l’un des quatre vice-présidents de la République. Est-ce ce voisinage qui lui donne l’idée de réaliser Un amour pendant la guerre ? «Peut-être, je n’en sais trop rien», élude-t-elle.
Seule certitude, elle n’a jamais envisagé une seconde de se mettre au tricot ni de jouer les ménagères avec ses «collègues» expatriées. Son plus mauvais souvenir congolais? Ce jour de mars 2007 où, pendant l’assaut des forces gouvernementales contre la résidence de Bemba, un obus pulvérise par erreur une partie de sa maison. Par chance, la famille Hallade avait été évacuée un peu plus tôt.

Revenue en France au lendemain de cette mésaventure, elle court les festivals, multiplie les conférences et engrange les prix. Cette année, elle a notamment bénéficié d’une belle exposition au pavillon « Cinémas du Sud » du dernier Festival de Cannes, où Une affaire de nègres a été projetée le 19 mai.

La motivation de la réalisatrice tient en quelques mots : «Tant que les lions ne raconteront pas eux-mêmes leur histoire, on n’entendra que la version du chasseur», sourit-elle. De l’information au militantisme politique, il n’y a parfois qu’un pas… qu’Osvalde s’abstient soigneusement de franchir. «Je ne sais pas si mon dernier film est politiquement orienté. Il traite d’un sujet social et se veut une réflexion sur la manière dont nos pays s’approprient et pratiquent la démocratie», explique-t-elle.
Malgré ce succès, qu’elle savoure sans exubérance, la jeune femme n’est pas du genre à s’endormir sur ses lauriers. Ses journées sont hyperchargées, mais elle ne s’en plaint pas. Sa soif de connaissance la pousse en permanence à se fixer de nouveaux défis.

Elle devait entamer, cette rentrée, la deuxième année d’un master en management des industries culturelles, option audiovisuel et cinéma, à Sciences-Po Paris. Mais peut-être sera-t-elle contrainte d’y renoncer, au moins provisoirement : elle risque de devoir prochainement plier bagage pour s’installer à l’autre bout de la planète, à Moroni, dans l’archipel des Comores, où son époux vient d’être nommé ambassadeur de France.

Source: http://www.jeuneafrique.com/jeune_afriqu ...
 

• >  "Faro, la reine des eaux ou les remous d’une Afrique tiraillée" par Falila Gbadamassi pour www.afrik.com
 
Falila Gbadamassi revient sur le film Faro, la reine des eaux, à l'occasion de sa sortie en France.

Faro, la reine des eaux, le premier long métrage du réalisateur malien Salif est un film sur les tiraillements d’une Afrique partagée entre les contraintes de la tradition et l’impérative nécessité d’évoluer avec son époque. Le message du film est porté par la fluidité de sa réalisation et le souci esthétique qui l’habite.

Faro, la reine des eaux de Salif Traoré, dans les salles françaises ce mercredi, est une belle fable cinématographique autour de l’éternel dilemme africain : tradition ou modernité. Zan, enfant banni de son petit village malien de Sekoro pour être né bâtard, choisit d’y revenir pour découvrir l’identité de son géniteur. Ce retour est aussi l’occasion pour le jeune homme, devenu ingénieur de mettre son savoir à la disposition de ses concitoyens. Le fleuve Niger qui longe le village pourrait irriguer les terres et permettre de développer l’agriculture dans ce village de pêcheurs. L’arrivée de Zan coïncide avec l’humeur belliqueuse de Faro, l’esprit du fleuve. Penda, une jeune fille qui vient de perdre son père, manque de se noyer dans le cours d’eau. Une façon pour Faro, la reine des eaux, selon les villageois de réclamer un sacrifice. Les remous du fleuve sont le signe pour le village que Zan, le bâtard de Niélé, n’est pas le bienvenu : il n’a pas respecté la coutume.

Que risque-t-on à faire fi de la tradition quand on est Africain ? Cette question est le fil conducteur d’un film plein de lyrisme et de sagesse. La réalisation du cinéaste malien Salif Traoré est épurée et objective, mettant en exergue toute la complexité de ce choix cornélien entre la préservation des coutumes et l’ouverture aux possibilités qu’offre le progrès. La qualité des images et de la photographie magnifie le caractère versatile du fleuve Niger, souvent paisible, mais parfois déchaîné, pour mieux souligner que ce n’est qu’un fleuve. Faro, la reine des eaux plonge dans cette Afrique profonde pour en exhumer les multiples facettes. Ce fleuve qui réclame la jeune Penda est aussi celui qui arrache et remet le pouvoir aux femmes quand sa colère est trop grande. C’est aussi ce même fleuve nourricier qui peut se montrer vengeur quand on brave ses interdits. Le fiancé de Penda, Boura, en fera l’amère expérience. « Ce film, je le veux comme un message pour dire que l’Afrique doit se pencher sur ses préjugés. Ca ne doit pas être un handicap pour nous (….) Il faut que nous aussi arrivions à avancer avec ces traditions sans que cela ne soit un handicap pour nous », confiait le réalisateur dans un entretien accordé à Africiné. Le message, délivré par le premier long métrage du cinéaste malien, est passé avec une clarté exceptionnelle grâce à une œuvre esthétiquement et philosophiquement forte.

Faro, la reine des eaux est un petit joyau pour ce cinéma ouest-africain qui a besoin de se renouveler et de s’élever au rang du cinéma mondial tout en restant fidèle à cette thématique de L’Aventure ambiguë, développée avec brio par l’écrivain Cheikh Hamidou Kane, qui lui est chère. Le long métrage de Salif Traoré démontre qu’on peut parler de tradition et filmer un village dans une œuvre cinématographique tout en prêtant attention à son rendu esthétique et technique. Les décors et les costumes ont été ainsi pensés au détail près dans la mise en scène de Faro, la reine des eaux. Il est vrai que le cinéma en Afrique de l’Ouest manque de moyens, mais le challenge peut être relevé. Salif Traoré et ses producteurs l’ont prouvé. Affranchi de tous les reproches qu’on pourrait lui faire sur sa forme, l’œuvre du réalisateur malien est d’autant plus percutante. Avec Faro, la reine des eaux, Salif Traoré illustre son propos : le cinéma ouest-africain peut évoquer ses sociétés et ses traditions tout en profitant de toutes les possibilités qu’offre le cinéma contemporain pour mieux se laisser découvrir par le monde.

Source: http://www.afrik.com/article15565.htm ...
 

• >  "Youssef Chahine, une vie contre l'intolérance" par Olivier Barlet pour www.africultures.com
 
Youssef Chahine nous a quittés en juillet dernier. Célébré dans le monde entier pour son oeuvre à la fois politique et chamarrée, travailleur inlassable auteur d'une quarantaine de films, porte-drapeau malgré lui sur la scène internationale d'un cinéma du Sud globalement ignoré, Chahine s'est éteint, quelques mois après la sortie de son dernier film, Le Chaos.

Olivier Barlet lui rend hommage sur www.africultures.com
Il cultive la bouffonnerie, les envolées lyriques, les effets spéciaux enfantins, les formules à l'emporte-pièce, des personnages exubérants à la limite de la caricature mais dont la dignité - fussent-ils des horribles - n'est jamais déniée, une caméra mobile, un rythme endiablé avec la musique comme drapeau d'énergie. Il cadre les visages pour centrer sur les regards. Ses intrigues sont magistralement ficelées, bourrées de clins d'œil au spectateur qu'il préfère introduire dans la confidence : jouant le suspense plutôt que la surprise, il l'engage à participer à ses stratégies contre les fanatiques ou les pouvoirs. C'est ainsi que chacun de ses grands films est devenu un hymne à l'humanité capable d'émouvoir et de mobiliser.

L'intégralité de l'article ici: www.africultures.com/index.asp?me ...
 

• >  Sortie acclamée pour Le Silence de Lorna
 
Le Silence de Lorna est sorti fin août en France et en Belgique. Fidèle à l'accueil déjà chaleureux que le Festival de Cannes avait réservé au film, la presse, qu'elle soit française ou belge, a acclamé ce nouveau Dardenne. Morceaux choisis:

Xavier Leherpeur pour TéléCinéObs:
Une magistrale restitution de l'ambivalence et des contradictions de cette jeune femme, portée par une caméra (...) toujours placée à l'exacte distance. Une héroïne insaisissable (...) interprétée (...) par la jeune Arta Dobroshi, impressionnante de présence et de maturité.

Jacques Mandelbaum pour Le Monde
Les Dardenne reviennent dans Le Silence de Lorna absolument fidèles à eux-mêmes, dépositaires d'une manière et d'une idée de cinéma qui nous est d'autant plus précieuse qu'elle est une forme de résistance opiniâtre à ce que notre époque distille de plus pernicieux : la désagrégation sociale et la déshumanisation au nom d'une pure logique du profit.

Louis Guichard pour Télérama
Il y a parfois une scène décisive à partir de laquelle on est acquis à un film. Dans le cas du nouveau Dardenne, ce serait plutôt une ellipse. Sidérante. Une bombe à retardement (on n'en dira pas plus) qui déprogramme le récit auquel nous ont préparés La Promesse, Rosetta, Le Fils et L'Enfant, tous apparentés par un même schéma rédempteur. Les précédents héros des frères Dardenne avaient la possibilité de remonter d'un abîme d'abjection morale où ils avaient d'eux-mêmes plongé, souvent poussés par leur situation sociale. Leur trajectoire était nette. Ici, rien de tel. Avec ce trou noir au mitan du film, le parcours du personnage principal devient imprévisible.

Serge Kaganski pour Les Inrockuptibles
Une nouvelle gemme éblouissante au diadème filmique dardennien.

Fernand Denis pour La Libre Belgique
En mai dernier, à Cannes, les Dardenne furent récompensés par le prix du Scénario. La récompense est parfaite, car le scénario est doublement exemplaire. D'une part, il est d'une formidable efficacité dramatique tout en écartant tous les trucs. On ne s'appuie ni sur les (bons) sentiments ni sur les effets de suspense - au moyen d'une audacieuse ellipse - pour concentrer l'attention sur la question : le personnage a-t-il gardé son humanité ? D'autre part, l'idée même du scénario est au coeur du récit qui montre une personne cherchant à modifier le cours de l'histoire qu'on lui a écrite.

Nicolas Crousse pour Le Soir
Sur papier, un sujet 100 % Dardenne(...) Les frères vont-ils doucement vers une autoparodie sociale de leur œuvre ? Non. Car la surprise du septième film de nos doubles-palmés vient de la forme. Et d'une caméra posée, souvent fixe et à distance des personnages, avec une volonté de les observer et de les comprendre plutôt que de les harceler. Or, la forme finit par contaminer le fond.
 

• >  "Le cinéma camerounais en quête de repères" sur www.afrik.com
 
Analyses et propositions de participants du festival de cinéma « Ecrans noirs » de Yaoundé sur www.afrik.com, par Dorothée Ndoumbè.

La 12ème édition du festival du film Ecrans noirs s’est achevée le week-end dernier, à Yaoundé. Véritable lieu de rencontre, de création d’opportunités entre différents acteurs du monde cinématographique venus d’horizons divers, ce rendez-vous culturel suscite l’évocation des problèmes que connaît le cinéma en Afrique centrale et plus précisément au Cameroun.

« Aucun film camerounais n’était à l’affiche lors de la première édition des Ecrans Noirs. Aujourd’hui, il y en a une bonne trentaine de tous les formats », affirme Basseck ba Kobhio, promoteur du festival de cinéma qui s’est tenu à Yaoundé du 31 mai au 7 juin 2008. Cette augmentation est sans doute une volonté pour le comité d’organisation de permettre aux cinéastes camerounais de présenter leurs productions afin de se faire connaître, se remettre en question et de mieux s’outiller pour évoluer.

Si le nombre de productions présentées est pour certains l’illusion d’une bonne marche ou d’une meilleure santé du cinéma camerounais, on peut cependant dire qu’il est en nette évolution. De neuf distributions lors de la 11ème édition des « Ecrans Noirs » en 2007, les productions camerounaises projetées au festival cette année ont presque doublé. Le Cameroun a compté à lui seul dix-sept distributions sur la cinquantaine de films, documentaires et courts métrages présentés en compétition et hors compétition à cette édition du festival. Pourtant, ce cinéma connaît de nombreuses difficultés tant matérielles que financières et humaines.

Les finances, principal handicap des cinéastes camerounais

Le premier problème évoqué par les réalisateurs et comédiens camerounais est celui du manque des moyens financiers. Dans une société en crise comme le Cameroun, les premiers contrecoups s’abattent sur les industries culturelles. Elles sont traitées en parent pauvre car, dit-on, elles ne produisent pas de revenus importants.

Daniel Ndoh, artiste comédien plus connu sous le nom de «Oncle Otsama»,est depuis quelques années réalisateur. Il affirme que la difficulté pour le cinéaste camerounais est de trouver des financements. « Il faut les trouver car elles sont rares et quand on les trouve, elles ne permettent pas de faire un film comme cela se doit », regrette-t-il. Malgré la relative ancienneté du cinéma camerounais en terme de production en Afrique Centrale, les cinéastes affirment à l’unanimité qu’il n’y a pas toujours l’argent nécessaire pour la production. « Les sponsors hésitent à supporter les productions, et l’Etat camerounais n’a pas encore pris conscience que le cinéma peut être un véritable ambassadeur du pays, qu’à travers lui nous pouvons vendre notre pays à l’extérieur », déclare Dominique Bihina, jeune réalisateur. Pour lui, l’Etat camerounais gagnerait à donner plus de chance au cinéma en finançant des productions et en aidant à la création de réseaux de distribution dignes de ce nom.

Les aides sont rares mais lorsqu’elles sont accordées aux cinéastes, ceux-ci ne les mettent pas à profit. Ils ne sont pas souvent tenus par l’obligation de résultat. Une méthode consisterait, par exemple, à exiger de ceux qui perçoivent des subventions qu’ils montrent leurs réalisations, suggère Dominique Bihina.

Le manque de formation des acteurs et réalisateurs

Les acteurs n’ont généralement aucune formation en relation avec le métier qu’ils embrassent. « Quand vous avez un acteur de théâtre qui se décide à faire du cinéma, il transfert son jeu au niveau de l’image et ça pose un réel problème dans le cadre de l’esthétique du cinéma qui doit être naturelle », explique Daniel Ndoh, avant d’ajouter que « le cinéma et le théâtre sont encore un chemin tellement confus et flou où tout le monde s’engouffre. Et comme personne ne maîtrise rien, chacun se plaît à faire ce qu’il veut. » Au Cameroun, le réalisateur est lui-même scénariste et directeur de production, par contre dans les pays développés, il s’agit bel et bien de deux postes distincts et complémentaires, ce qui favorise une bonne production.

A côté de cela, il faut ajouter le manque de confiance entre les différentes composantes du milieu cinématographique. Tous se regardent en chiens de faïence, et chacun soupçonne l’autre d’actes malveillants. Un autre problème vient s’ajouter aux précédents. C’est celui de la distribution des films. Une fois les films achevés, les moyens de les écouler deviennent difficiles. Ainsi, on trouve des films produits, diffusés dans les salles privées et dans les télévisions nationales et jamais distribués à travers les réseaux réglementés et légaux. Résultat : « vous finissez de faire un film et vous vous retrouvez avec ce film dans les bras ! » se révolte Daniel Ndoh.

Les solutions pour sortir le cinéma camerounais du gouffre dans lequel il semble se trouver seraient pour Rigobert Tamwa Estu, comédien et réalisateur, de faire du cinéma pour les Camerounais. C’est-à-dire un cinéma qui évite de s’inspirer des canons de beauté et d’esthétique occidentaux, mais qui respecte les valeurs africaines et camerounaises. En effet, quelques cinéphiles approchés lors des « Ecrans Noirs » ont affirmé préférer de loin les films camerounais et africains aux productions occidentales ou canadiennes en compétition. Ces productions africaines donnent à rêver tout en vivant dans la réalité, aussi dure qu’elle puisse être.

Source: www.afrik.com/article14488.html
 

• >  "Les coproductions atteignent 43% de la production totale", entretien avec Abdelhak Sakhi (CCM) dans la lettre d'Euromed Audiovisuel II
 
Entretien avec Abdelhak Sakhi, Responsable de la Production au Centre Cinématographique Marocain (CCM) publié dans la Lettre d'Euromed Audiovisuel II.

Euromed Audiovisuel: Depuis quelques années, la production cinématographique au Maroc connaît un développement remarquable. Quelles en sont les raisons?

Abdelhak Sakhi: Après près de 50 ans, le cinéma marocain montre aujourd'hui des signes d'une certaine maturité, tant en matière de développement que d'échanges culturels, d'autant plus qu'il bénéficie du soutien du fonds national de production cinématographique, dont les ressources sont passées d'1 million d'euros en 2003 à 5,5 millions d'euros en 2006.

En 2007, 6 films sur les 10 meilleures sorties au Maroc étaient des films locaux. Pas même des coproductions mais bien des films faits au Maroc. Il s'agit ici d'un changement crucial, particulièrement vis-à-vis des films américains. 2 films marocains étaient en tête du box-office, suivis de deux films américains, qui à leur tour étaient suivis de quatre autres films marocains. A la neuvième position se trouvait un film français. Les chiffres parlent d'eux-mêmes et prouvent un véritable regain d'intérêt de la part du public marocain pour les films locaux.

Euromed Audiovisuel: Les films sont-ils de meilleure qualité ou bien en produisez-vous en plus grande quantité?

Abdelhak Sakhi: Les deux. Entre 2003 et 2007, 53 films locaux ont été produits. Durant les 5 dernières années, la production de films est passée de 8 à 15 films par an. Mais la qualité s'est également améliorée. Le CCM s'est doté d'un laboratoire dernier cri, ainsi, les réalisateurs marocains n'ont plus besoin de partir à l'étranger et la post-production peut-être faîte localement. Le professionnalisme est un facteur supplémentaire. Le Maroc possède presque 1400 professionnels accrédités au secteur, pour ne pas mentionner ceux qui y travaillent de façon officieuse.

Euromed Audiovisuel: Mais de nombreux traités de coproduction ont été signés avec des pays étrangers. Pouvez-vous nous donner des chiffres concernant les coproductions réalisées?

Abdelhak Sakhi: Bien sûr. Entre 1958 et 2007, 46 films sur 181 étaient coproduits. La coproduction représentait donc un total de 25% des films. Mais entre 2003 et 2007, sur 53 longs métrages produits, 23 étaient des coproductions, faisant un total de 43% de la production.

Euromed Audiovisuel: Ces coproductions étaient réalisées avec quels pays en particulier?

Abdelhak Sakhi: Tout d'abord, 9 films ont été réalisés avec la France, suivis par la Tunisie avec 5 films, le Mali avec 2 films et enfin l'Algérie, l'Egypte, le Sénégal, le Tchad, la Belgique, l'Espagne, l'Allemagne et le Canada avec un film chacun.

Des 23 coproductions, 11 ont été réalisées en postproduction – ce qui représente 52%. Ces chiffres parlent en terme de volume car ils montrent que les coproducteurs sont attirés à la fois par le paysage naturel et artificiel du Maroc, le professionnalisme de ses techniciens et l'infrastructure cinématographique que le Maroc a à offrir. Pour toutes ces raisons, divers pays et en particulier l'Afrique, s'adressent au CCM en vue de trouver de l'aide pour coproduire leurs films au Maroc.

Euromed Audiovisuel: Certaines coproductions ont connu de véritables succès.

Abdelhak Sakhi: Oui, par exemple, Où vas-tu Moshe?, coproduit avec le Canada, et WWW What a Wonderful World, coproduit avec le Canada et l'Allemagne. Ces films ont participé à de nombreux festivals et – grâce à Euromed Cinemas, un des projets financé par le Programme Euromed Audiovisuel – ont été projetés aussi bien en Europe que dans les pays arabes.

Euromed Audiovisuel: Quels sont les aspects positifs de la coproduction?

Abdelhak Sakhi: Il en existe plusieurs. Tout d'abord, elles vous donnent accès aux avantages et au soutien financier disponibles aux productions locales. Elles vous permettent de chercher d'autres contributions financières publiques ou privées au sein des pays coproducteurs en vue de réunir les fonds nécessaires à la production cinématographique qui augmente sans cesse. Enfin, le fait que le film soit une coproduction renforce les perspectives de distribution à l'étranger.

Euromed Audiovisuel: Mais y a-t-il également des inconvénients?

Abdelhak Sakhi: Oui. Par exemple, lorsque les coproductions participent à des événements culturels, ils participent avec la nationalité du pays coproducteur majoritaire comme il l'est stipulé dans le traité de coproduction.

Source: www.euromedaudiovisuel.net/newsde ...
 

• >  Interview avec Nabil Ayouch par Falila Gbadamassi pour www.afrik.com
 
Falila Gbadamassi a rencontré Nabil Ayouch pour www.afrik.com à l'occasion de la sortie de son dernier film, Whatever Lola Wants.

Extraits:

"Après Ali Zaoua, prince de la rue, en 2000, le réalisateur franco-marocain, s’est offert une nouvelle incursion dans l’univers (féérique) des contes. Cette fois, son héroïne s’appelle Lola, une jeune américaine qui va découvrir la culture égyptienne grâce à l’amour et à la danse.

Afrik.com : En filigrane, votre film est une critique du statut des femmes dans la société égyptienne, de l’homophobie. Youssef, le meilleur ami égyptien de Lola, est homosexuel. On pense d’ailleurs à L’Immeuble Yacoubian…

Nabil Ayouch : Plus que de la société égyptienne, c’est une critique du monde arabe en général. La meilleure chose qu’on puisse faire aujourd’hui en tant que cinéaste oriental, arabe, c’est d’être capable de critiquer, nous-mêmes, notre société. Il y a des choses qui fonctionnent, d’autres moins, j’ai envie de dire les deux. Si nous ne le faisons pas, d’autres le feront avec leurs caricatures, leurs idées reçues. Quand vous regardez les films que font en général les Américains sur le monde arabe, il s’agit soit de guerre, soit de terrorisme. On a l’impression que l’Orient est complètement déshumanisé. C’est à nous artistes de cette région du monde, c’est pareil pour l’Afrique, pour l’Asie, l’Amérique latine, de faire des films sur notre société.

Afrik.com : C’est votre façon à vous, en tant qu’artiste arabe, de rééquilibrer la balance même si on peut vous reprocher la forme ? Whatever Lola Wants est un film qui prend le parti, même s’il les évoque, de lisser l’importance des chocs culturels. Finalement, on se dit qu’il n’y a que dans un film que ça peut arriver...

Nabil Ayouch : C’est un film qui a plusieurs niveaux de lecture. Certains y verront du divertissement pur à cause du format : danse, musique…D’autres y verront, à la lumière de leur vécu, des choses plus personnelles, plus intimes. Les choses ne se font pas si simplement que cela. C’est aussi le rôle du cinéma de prendre des raccourcis, contrairement à la vraie vie. Whatever Lola Wants est un conte moderne. Pour rentrer dans ce film et pour l’apprécier, il faut accepter de se plier à ses codes.

(...)

Afrik.com : Que représente votre dernier long métrage dans votre filmographie ?

Nabil Ayouch : Une forme de réconciliation entre deux parties de moi-même.

Afrik.com : C’est difficile de vivre sa double identité?

Nabil Ayouch : Quand on est jeune, oui. On a besoin d’ancrage durant cette période de sa vie, de repères et de références. Quand on grandit, on finit par se rendre compte que la diversité est plus riche, encore plus quand elle vient de l’intérieur.

Afrik.com : En 2005, vous avez été à l’origine d’une structure dénomée Film industry made in Morocco au travers de laquelle plus d’une trentaine de longs métrages ont été produits. Vous défendez beaucoup le "made in Maroc ". Vous avez d’ailleurs représenté votre seconde patrie aux Oscars en 2001, avec Ali Zaoua, prince de la rue. Comment se porte aujourd’hui le cinéma marocain, l’une des industries les plus dynamiques dans le Maghreb ?

Nabil Ayouch : On a la chance d’avoir un Etat qui soutient énormément le cinéma. Le pouvoir politique s’intéresse à cette industrie et l’aide à se développer en lui accordant des aides. Cela permet à beaucoup de films marocains d’exister et de s’exporter. Ce qui n’est malheureusement plus le cas en Tunisie ou en Algérie. Il faut de gros moyens pour faire du cinéma, contrairement à la littérature ou à d’autres disciplines artistiques.

Source: http://www.afrik.com/article14106.htm ...
 

• >  Décès de Benoît Lamy: l'hommage de Fernand Denis dans La Libre Belgique
 
Benoît Lamy est décédé en avril dernier. Membre fondateur du Bureau de Liaison du Cinéma de l'Espace Francophone, il en a été président pendant de nombreuses années. L'équipe de www.cinemasfrancophones.org adresse ses plus sincères condoléances à sa famille et à ses proches.

Voici l'hommage que lui a consacré le critique belge Fernand Denis dans La Libre Belgique.

"Le réalisateur de Home sweet home est décédé à l'âge de 62 ans. Il avait tourné, en somme, quatre comédies, très très différentes.

Cinq ans plus tard, l'onde de choc de mai 68 continuait donc de vibrer dans les endroits les plus improbables. Ainsi, dans un home bruxellois, Jules, un séducteur dans son genre, conduisait la révolte contre la directrice ayant transformé l'établissement en caserne. Soutenu par des têtes grises permanentées, Jules allait dresser des barricades... sur les toits et bombarder de tuiles les représentants de l'ordre. Pas de "Sous les pierres tombales, la plage", ni de "Il est interdit de vieillir" chaulés sur les murs de la maison de retraite mais l'esprit de 68 y soufflait, l'autorité sera déboulonnée, remplacée par une gestion collective. L'esprit belge était bien là aussi, celui des zwanzeurs, dans la tradition du cinéaste Gaston Schoukens et de ses interprètes haut en couleurs nationales, accent compris : les savoureux Marcel Josz, Jacques Lippe et la féroce Ann Petersen.

Home sweet home fut un énorme succès en Belgique mais aussi à l'étranger, célébré par une quinzaine de prix internationaux. En Russie, les Moscovites faisaient la file pour découvrir le premier film de ce réalisateur belge de 28 ans, Benoît Lamy, qui vient donc de disparaître des suites d'une longue maladie.

Né à Arlon en 1945, Benoît Lamy tourne ses premiers petits films avec une caméra 8 mm, dès l'âge de 11 ans. Tout naturellement, il suit des études de réalisation à l'IAD. A peine sorti, il est embauché par Pasolini. Il devient assistant réalisateur, travaille pour la télé, tourne un court métrage, collabore avec Picha et tente de faire produire son scénario original. C'est Jacques Perrin qui permettra au projet de se monter avec un succès inattendu.

Quatre ans plus tard, en dépit du triomphe critique et public, Benoît Lamy éprouve encore des difficultés à financer son script suivant. C'est que le cinéma populaire n'est pas... populaire auprès du pouvoir subsidiant où l'on préfère les auteurs et se gratter le nombril. Mais Benoît séduit Annie Girardot, alors au sommet du box-office français. Il poursuit dans sa veine truculente avec une autre comédie d'appellation d'origine contrôlée : Jambon d'Ardenne. Soit la version wallonne d'un célèbre drame shakespearien. Alors que tout baigne entre la fille de la friterie et le fils de l'hôtel, les mamans respectives, Ann Petersen et Annie Girardot se crêpent le chignon et s'arrachent les clients. Malheureusement, la mayonnaise ne prend pas.

Go, le film qu'il ne fera jamais

Retour à la télé et à l'IAD mais comme prof pour Benoît qui rêve d'un film radicalement différent : l'odyssée de Stanley sur le fleuve Congo. Nom de code : Go. Car Stanley n'arrêtait pas de crier "go" à ses porteurs et aussi parce que "Go" est un suffixe signifiant lien en lingala. Longo, c'est le mariage, et Congo la rivière.

Benoît n'a pas de racines coloniales comme tant de compatriotes, l'Afrique centrale est entrée dans sa vie par hasard, des membres de sa famille ont épousé des Zaïroises. Le projet Go avance bien, Sean Connery a donné son accord, mais le matabiche réclamé par le président Mobutu est exorbitant et la production capote. Dès lors, il décide de tourner le scénario de Ngangura Mweze, un ancien étudiant de l'IAD qu'il revoit régulièrement. En 87 sort La Vie Est Belle, une comédie africaine et musicale, tableau truculent de la vie à Kinshasa emmené par Papa Wemba en lointain cousin de Scapin.

Si Benoît Lamy ne quitte pas le cinéma, il s'active désormais du côté de la production, du documentaire et de la publicité. Il faudra attendre dix ans, 1997, pour le voir signer un nouveau film Combat de fauves. Une comédie... cruelle, cette fois. Il y a quelque chose de jouissif à voir un prédateur économique se faire piéger dans un ascenseur, à le regarder se débattre, à le voir faire connaissance avec un inconnu : lui-même. Le changement de registre est total avec cette fable moderne suspendue entre troisième et quatrième étage. Bohringer y braillait un peu trop mais pas assez pour empêcher le charme d'Ute Lemper d'agir.

Quatre films, ce n'est pas beaucoup mais Benoît Lamy a marqué le cinéma belge de ses succès, de sa singularité, de son tempérament, de son originalité, de son énergie, de ses enthousiasmes et de sa chaleur humaine. Quatre films et un fantôme, celui de Stanley. Après avoir vaincu une première fois la maladie, Benoît Lamy espérait toujours dire "Go". Soutenu comme au premier jour par le fidèle Jacques Perrin, il avait relancé la production et confiait à Philippe Reynaert dans un "Envers de l'écran" que Sean Connery n'avait pas mangé sa parole, s'il ne pouvait plus incarner Stanley, il était prêt à se coller la grande barbe de Léopold II. Benoît travaillait aussi au montage des exploits pâtissiers de Noël Godin, cinquante heures de pellicule, ce n'est pas de la tarte.

Adieu Lamy !"

http://www.lalibre.be/index.php?view=art ...
 

• >  " Bouli Lanners Versus Joachim Lafosse" par Fernand Denis dans La Libre Belgique
 
Fernand Denis observe la sélection belge à Cannes, et plus particulièrement, la filière liégeoise...

Et deux films de plus ! Eldorado et Elève libre sont sélectionnés à Cannes à la Quinzaine des réalisateurs. Deux productions de Jacques-Henri Bronckart.

Avant d'être sélectionnés tous les deux à la "Quinzaine des réalisateurs", quel était le point commun entre Elève libre de Joachim Lafosse et Eldorado de Bouli Lanners ? L'un et l'autre sont issus de la même maison de production liégeoise, Versus. Ils partagent le même producteur Jacques-Henri Bronckart qui vient de réussir une sorte de première : placer deux longs métrages belges dans la même section cannoise.

Eldorado fut tourné au mois de juin et Elève libre au mois de septembre de l'an dernier. "Pour Bouli, on visait une sélection à Berlin en février et pour Joachim on espérait aller à Venise en septembre. Il y avait une sorte de continuité car Ultranova avait été remarqué à Berlin et Nue propriété à Venise. Mais Bouli n'était pas prêt pour Berlin et le distributeur international français trouvait que Elève libre avait le profil de la Quinzaine. Le festival de Cannes reste la meilleure caisse de résonance, tant pour le public, que pour les acheteurs et les vendeurs. On a d'abord présenté le film de Bouli, fin mars, et le lendemain de la projection, Olivier Père, le sélectionneur, nous a appelés pour dire qu'il voulait le film. Mi-avril, le film de Joachim était prêt, et le jour de sa projection, Olivier nous a appelé pour dire qu'il le voulait aussi. C'est le scénario idéal."

Mais si le scénario avait été tout différent, s'ils n'avaient pas été choisis - n'oublions pas que des centaines de films se pressent au portillon -, était-ce une catastrophe ? "Non, mais je vois bien comment tout le monde réagit. Dès aujourd'hui, les deux films bénéficient d'une attention qui est essentielle pour le genre de films qu'on produit."

A la tête de Versus, Jacques-Henri Bronckart produisait jusqu'à présent des premiers films : Ultranova de Bouli Lanners, Cages d'Olivier Masset-Depasse ou encore Voleurs de chevaux de Micha Wald, sélectionné à la Semaine de la critique l'an dernier. Avec le deuxième de Bouli et le quatrième de Joachim, il aborde des films qui ont davantage de maturation mais dont la ligne artistique est bien tracée. "Ce sont les cinéastes qui m'intéressent, pas de faire un coup. Tout part du réalisateur; après, on essaie d'être en adéquation financière avec nos types de projets, qui ne visent pas d'être des stars du box-office mais poursuivent des ambitions artistiques."

Peut-on parler de filière liégeoise à Cannes ? On peut se poser la question quand on sait qu'Olivier Bronckart, le frère et partenaire de Jacques-Henri dans Versus, est aussi le producteur exécutif des Dardenne. Jacques-Henri rigole et remonte à l'une des racines du phénomène. "Ma passion pour le cinéma a commencé au Parc, à Liège. C'est là que j'ai vu mes premiers Scorsese, Coppola, Woody Allen, Hal Hartley. C'est là que j'ai acquis ma culture cinématographique." D'ailleurs, Eldorado de Bouli Lanners sera projeté lors de l'ouverture, début mai, du Cinéma Sauvenière à Liège, quatre nouvelles salles animées par l'équipe du Parc et du Churchill.

http://www.lalibre.be/index.php?view=art ...
 

• >  "Moules-frites sur la Croisette" par Nicolas Crousse dans Le Soir
 
Nicolas Crousse revient dans Le Soir sur l'exceptionnelle cuvée belge présente à Cannes.

"Il y aura tellement de films belges à Cannes qu’il serait peut-être plus écologique de carrément organiser le festival 2008 à Middelkerke. » Dixit le Chat de Philippe Geluck, le 22 mars dans Le Soir. Un mois plus tard, plus question de plaisanter. Au vu du nombre de films belges prochainement sur la Croisette, osons la question : à quand une délocalisation du Festival de Cannes sur nos plages abandonnées du Zwin ou du Zoute ?

Vendredi midi, ce sont les films de Bouli Lanners (Eldorado) et de Joachim Lafosse (Élève libre) qui ont à leur tour été sélectionnés pour le festival. On retrouvera ces deux films de l’écurie de Versus production dans la Quinzaine des réalisateurs. Une Quinzaine pour le moins prestigieuse, puisqu’elle fêtera cette année ses 40 ans d’existence.

Enfant de mai 68, la Quinzaine est conçue dès sa naissance comme une contre-manifestation du Festival. Son objectif est clair : défendre le cinéma d’auteur indépendant. Un cinoche qui va comme un gant à Jim Jarmusch, qui en cette année anniversaire se verra décerner un prix (le Carrosse d’or) pour l’ensemble de sa carrière. C’est à la Quinzaine que Jarmusch avait présenté, en 1984, Stranger than paradise.

Cerise (disons ici : kriek) sur le gâteau, le film de Bouli sera projeté dimanche 18 mai, le soir des 40 ans de festivités.

À côté de ces deux confirmations, une surprise : contrairement à ce que nous annoncions hier, sur base des informations qui nous ont été données par la société Need Productions, en charge du film, Home sera finalement aussi à Cannes. Le film d’Ursula Meier, Suissesse de Bruxelles et ancienne de l’Insas, est une coproduction Belgique/France/Suisse, emmené par Isabelle Huppert et Olivier Gourmet. Comme Rumba, de Romy, Abel et Gordon, il fera l’objet d’une séance spéciale dans le cadre de la Semaine de la Critique.

Si l’on rappelle qu’à ces quatre films, il faut ajouter deux courts-métrages (Harragas, Et dans mon cœur j’emporterai), sans oublier les films de Christophe van Rompaey (Aanrijding in Moscou) et, bien sûr, des frères Dardenne (Le silence de Lorna), le fait est là: pour le ciné belge, cette cuvée est déjà historique.

http://www.lesoir.be/channels/cinema/cin ...
 

• >  Entretien avec Samba Felix N’diaye par Olvier Barlet pour www.africultures.com
 
Olivier Barlet a rencontré Samba Felix N'diaye lors du dernier festival d'Apt. L'occasion de se pencher en sa compagnie sur le documentaire en Afrique.

Perantal (1975), Geti Tey (1978), Le Trésor des poubelles (1989), Dakar-Bamako (1992), Ngor l'esprit des lieux (1995), Lettre à Senghor (1998), (2003), Questions à la terre natale (2006) sont autant de dates marquantes pour les cinémas du Continent : Samba Félix Ndiaye a ouvert la voie d'une écriture documentaire africaine. Cet entretien réalisé durant le festival des films d'Afrique en pays d'Apt en novembre 2007 a été publié dans le catalogue de la programmation Africamania à la Cinémathèque française (16 janvier au 17 mars 2008 à Paris).



Vous avez fait le choix du documentaire dès le départ alors que la plupart des cinéastes africains ont préféré la fiction. Pourquoi ?

Je ne me suis pas posé la question au début : le cinéma qui m'intéressait était toujours à la lisière entre le documentaire et la fiction, de Flaherty à La Soif du mal de Welles, du néoréalisme italien à Satyajit Ray… Il était intéressant de ne pas mettre en scène : il me fallait être à la bonne place et avec le bon point de vue pour faire un cinéma qui comporte aussi de l'imaginaire. Je ressentais cette proximité dans mon désir de voir le monde et d'en parler. Mais le fait qu'une petite équipe suffisait à faire un film était aussi important pour moi : cela me semblait mieux permettre la rencontre avec les personnes vivant dans un lieu donné. Je pouvais communiquer avec cette petite équipe, ingénieur du son, cameraman et régie, pour un voyage avec des personnages chez qui on s'invite et qui vous invitent. Les films qui me sont proches sont ce genre de films très humains qui laissent des traces et créent des liens.

Etre ainsi un pionnier a-t-il été difficile ?

On était dans les années 60 avec la question d'un cinéma sans bagage qui doit trouver sa voie sans école de cinéma et sans références. Je me suis fait piéger tout au long du parcours par la télévision : elle ne m'a jamais semblé avoir un point de vue juste, restant très national ou régional. Je me sens proche d'autres cinéastes comme Abbas Kiarostami, avec qui nous avons partagé l'expérience d'un jury aux cinémas du réel. Close up fut une magnifique expérience ou les films de Kramer. Ma génération a fait des longs métrages qui me semblaient très vides par leur manque de mise en scène : le réel me semblait plus riche.

Qu'est-ce qui vous paraît important dans le point de vue que vous posez ?

J'ai deux philosophes de référence : ma grand-mère maternelle et mon grand-père. Ils m'ont fait comprendre la place de celui qui raconte et de celui qui écoute. Ma grand-mère me disait qu'une parole intéressante a toujours des oreilles. Une parole sans oreilles n'est pas une parole.
Il s'agit donc de trouver sa place pour écouter les personnages de nos films.

Vous la citez effectivement dans Ngor, l'esprit des lieux en rappelant sa parole : "L'important dans ce qu'on dit est l'audience qu'on lui accorde".

Absolument. Quand des gens me disent des choses qui me touchent, je me rappelle aussi ce qu'elle disait : "tu ne peux pas t'asseoir sur la tête de quelqu'un qui te parle". La question est de se savoir à quelle hauteur on se place. Les gens disent aussi par leurs gestes. Une caméra qui n'est pas à sa place dérange mais si elle est à sa place, elle est invisible. On me dit que mes cadres sont serrés et fixes dans Questions à la terre natale mais mes interlocuteurs avaient la liberté de bouger. Le moindre geste dans le cadre se perçoit. Etaient présents l'équipe technique mais aussi des invités ou la famille : cela signifie une certaine forme d'assurance par rapport au propos et une acceptation que la caméra soit là. C'est une rencontre qui se prépare et une démarche vers des gens qu'on aime, et porter une parole qui touche et qu'on essaye de partager avec d'autres.

Vous utilisez beaucoup le jazz dans vos films. Ngor est d'une tendresse énorme pour les gens et les lieux, avec une éthique du monde, cet esprit des lieux, et se termine dans cette musique d'exilé comme vous. Comment se situent ce rapport à l'origine et cette inscription dans une culture nomade ?

Le jazz, c'est ma musique ! Je ne sais pas si elle est américaine. Si on mélange le John Surman qu'on entend dans Ngor et la transe d'Abby sur la plage, il n'y a pas d'antinomie, pas de distance. Quand je fais un film, il y a souvent une musique qui me poursuit. Ce n'est pas toujours celle que je mets dans le film mais je l'entends. Je travaillais avec Magette Salla comme ingénieur du son, qui a malheureusement disparu. Au Rwanda, je lui avais demandé d'ajouter les petits sons et cris que j'entendais, ces douleurs du pays. Il les a reproduits. Dans Lettre à Senghor, je lui ai demandé un léger vent, une parole portée, critique mais légère. Il a mis du vent dans tout le film. Pour l'image c'est pareil, on parle de la vie et non du cadre. Malgré nos origines culturelles différentes avec les cameramen, on a quelque chose en commun qui fait qu'on peut parler d'une image et la fabriquer. C'est une quête d'esthétique, d'une forme à même de porter le sujet. Cela commence bien avant le film par une amitié, une fraternité, un compagnonnage. Je dis souvent que mes films ne m'appartiennent pas : c'est un partage. Ils appartiennent à toutes ces personnes avec qui je les ai faits, à un moment donné de mon parcours, là où j'étais et où je savais cela et pas autre chose.

Le documentariste Henri-François Imbert définit dans le livre qu'il vient de vous consacrer votre démarche de cinéma comme "filmer la résistance". Adhèrez-vous à cette définition ?

Nous vivons dans un monde où tout est nivelé vers le bas, ce qui n'est pas acceptable. Je dépasse la soixantaine, revenu de tous les mouvements dits gauchistes ou progressistes, mais il reste un fond. Nous ne faisons que des films qui nous ressemblent, avec ce que nous voulons et ce que nous ne voulons pas. Je témoigne de ce monde avec une attitude proche de quelqu'un d'éveillé : tu ne peux avoir reçu une éducation sans vouloir bonifier ce que tu as reçu. Nous ne pouvons qu'amener des sons discordants avec le libéralisme qui domine le monde. On ne peut pas faire des films différents de ce que nous sommes. Il n'est pas nécessaire de voir le réalisateur pour savoir qui il est : ses films suffisent. Je suis loin de ce que j'aurais voulu faire en terme de résistance !

Vous travaillez aujourd'hui beaucoup avec les jeunes cinéastes à Dakar.

Oui, le terreau sur lequel je suis assis aujourd'hui au Sénégal, entouré de jeunes réalisateurs et réalisatrices qui viennent me voir car la porte est grande ouverte, qui pensent que je vais leur donner plus que ce que je n'ai, me renouvelle et me rapproche d'une quête ancienne. On a un local où passent jeunes et vieux et où on refait le monde. Un film qui vient de se terminer ainsi sur des exilés haïtiens est quelque chose que je n'avais encore jamais vu dans le cinéma africain. Il est important d'échanger entre cinéastes pour débattre de notre cinématographie qui est encore jeune.

Voilà qui fait écho à la fonction de transmission du cinéma documentaire.

Tout seul, on ne peut pas faire. Je suis loin d'être le seul documentariste en Afrique et je n'ai pas envie de faire cavalier seul. Je voudrais qu'il y ait une vraie école de documentaire africain, de réflexion autour du réel. Nous étions trop à la traîne de Sembène. Il nous faut nous prendre en charge et continuer à être ensemble. Lorsque je vois cette jeunesse prendre les bateaux et préférer se suicider parce qu'ils n'ont pas les réponses à leurs angoisses et leur avenir, il faut trouver une solution ! On est condamnés si ces jeunes quittent cette terre en sachant qu'ils vont mourir. Il faut trouver une réponse, on ne peut pas se taire. Une sorte de fatalité emporte l'Afrique à nouveau.

http://www.africultures.com/index.asp?me ...
 

• >  "Abdoulaye Diallo, un homme engagé" par Sophie Hoffelt sur www.clapnoir.org
 
Né en 1971 en Côte d'Ivoire, Abdoulaye Diallo vit et travaille à Ouagadougou, au Burkina Faso. Gestionnaire du Centre de presse Norbert Zongo, réalisateur, co-fondateur du festival « Jazz à Ouaga » et de « Ciné Droit Libre », webmaster… Abdoulaye Diallo est un homme de culture et de médias engagé. Il a co-réalisé plusieurs documentaires dont Borry Bana, le destin fatal de Norbert Zongo, Télé guerre, une chaîne de télévision transformée en machine de propagande des Forces Nouvelles et Sur les traces du Bembeya Jazz.

Clap Noir
Pouvez-vous nous retracer votre parcours ? Il semble que votre engagement date de la première heure…

Abdoulaye DIALLO
J'ai effectivement été engagé très tôt, d'abord dans le milieu associatif. Au cours de mes études d'histoire de l'art à l'Université de Ouagadougou, je suis devenu Secrétaire général de l'association « Génération Cheikh Anta Diop », en hommage à cet illustre chercheur africain. Notre but était de décomplexer la jeunesse, de lui faire connaître son histoire et de montrer ses capacités créatrices. Nous avons travaillé en collaboration avec l'Institut des Peuples Noirs de Ouagadougou. C'est dans ce milieu d'intellectuels progressistes dans lequel j'évoluais que j'ai eu l'occasion de rencontrer Norbert Zongo, alors Directeur de publication de l'hebdomadaire L'Indépendant. Grâce à lui, j'ai commencé à m'intéresser à la presse et à la radio. Le 3 mai 1998, à l'occasion de la journée mondiale de la liberté de la presse, le Centre National de Presse (CNP) a été inauguré à Ouagadougou et j'en suis devenu le gestionnaire.

Clap Noir
Peu de temps après, le 13 décembre 1998, il y a eu le crime d'Etat à l'encontre de Norbert Zongo. Et votre premier documentaire lui rendant hommage…

Abdoulaye DIALLO
A la suite de l'assassinat de notre confrère, de nombreuses manifestations populaires ont eu lieu dans tout le pays, notamment à Koudougou où était né Norbert. C'est à ce moment que nous avons eu l'idée, avec Luc Damiba, coordonnateur du REN-LAC, une organisation qui lutte contre la corruption au Burkina Faso, de faire Borry Bana, le destin fatal de Norbert Zongo, un film qui retrace l'itinéraire de ce journaliste exemplaire, un homme qui a mené jusqu'au bout un combat sans complaisance avec le pouvoir, pour une presse libre et d'investigation. Ce documentaire, produit par l'Institut Panos Afrique de l'Ouest et l'association Semfilms, a reçu le soutien d'Amnesty International. Il a eu un impact incroyable sur les populations, malgré sa censure au Burkina Faso.

Dans la foulée, les membres-fondateurs du Centre National de Presse ont décidé de dédier cette structure à sa mémoire en lui donnant le nom de « Centre National de Presse Norbert Zongo ». Aujourd'hui, le Centre oeuvre au développement sur le continent africain d'une presse indépendante et pluraliste, en organisant régulièrement des colloques, rencontres et échanges entre les journalistes et les hommes de médias du monde entier.

Clap Noir
Il y a eu ensuite Télé guerre, puis Sur les traces du Bembeya Jazz

Abdoulaye DIALLO
En 2005, nous sommes partis, Luc Damiba, Gidéon Vink et moi-même, en Côte d'Ivoire pour essayer de comprendre, du côté de la zone rebelle, la crise qui sévissait dans ce pays. Nous avons ainsi produit et réalisé Télé Guerre.

Puis, à l'occasion du festival Jazz à Ouaga, dont je suis le coordinateur, j'ai eu l'occasion de rencontrer le Bembeya Jazz, de retour sur scène depuis 2002. J'ai été véritablement époustouflé par la prestation de ce groupe mythique. J'ai décidé de partir en Guinée pour revenir sur ses traces, à la source de sa création. Il s'agissait pour moi de réaliser un travail sérieux de mémoire. Le film s'est construit autour des témoignages des membres du groupe, de reportages, mais aussi de photos et de films d'archive. Comme l'affirme le président Amadou Toumani Touré, « le Bembeya Jazz n'est pas seulement Guinéen. Il est Ouest-africain. Il est Africain. Il est International. » Ce documentaire, présenté en 2007 en compétition lors du 20 ème FESPACO, a rencontré un grand succès. Il a été monté en version cinéma (72 minutes) et télé (52 minutes).

Clap Noir
C'est aussi pour soutenir le cinéma militant que vous avez créé, avec vos deux acolytes, Damida et Vink, le festival Ciné Droit Libre à Ouaga…

Abdoulaye DIALLO
L'idée de la création de ce festival a germé en 2001, suite au refus du FESPACO de diffuser notre film sur Norbert Zongo. La première édition de ce festival a ainsi vu le jour en 2005, organisée par notre association Semfilms. Ciné Droit Libre se veut une tribune d'expression sur les droits humains et la liberté d'expression. Il entend donner une plus grande visibilité aux cinéastes et journalistes du monde entier dont les œuvres sont censurées ou qui rencontrent des difficultés de diffusion du fait qu'elles sont dérangeantes ou polémiques. Nous sommes actuellement en cours de préparation de la IVème édition. A notre plus grande joie, la manifestation rencontre chaque année un public toujours plus nombreux.

www.clapnoir.org
 

• >  www.cinematunisien.com
 
Le portail www.cinematunisien.com propose de nombreuses actualités sur le cinéma de Tunisie et en Tunisie (sorties en salles, festivals, tournages, critiques...), mais aussi une première base de données de films tunisiens. A terme, le site voudrait proposer un annuaire consultable en ligne des acteurs du cinéma tunisiens.

Découvrez le site à l'adresse suivante: www.cinematunisien.com
 

• >  "Ouarzazate, le Hollywood de l'Afrique" dans Le Matin (Maroc, 07/01/08)
 
Abdallah Darkaoui revient pour Le Matin sur le plan stratégique lancé par le Conseil de la région de Souss-Massa-Drâa en collaboration avec le Centre cinématographique marocain (CCM).

Ouarzazate a longtemps été une terre de prédilection des cinéastes nationaux et internationaux. De nombreuses productions cinématographiques y sont tournées chaque année. Des stars venues des quatre coins du monde y jouent aux côtés des figurants locaux. Au fil des années, la ville des casbahs est devenue un plateau de tournage international.


Aujourd'hui, Ouarzazate pourrait devenir le leader d'accueil de tournages cinématographiques en Afrique à l'horizon 2016. Tel est l'objectif escompté par la stratégie qui vient d'être lancée par le Conseil de la région de Souss-Massa-Drâa en collaboration avec le Centre cinématographique marocain (CCM). Ce projet d'envergure a pour ambition d'ériger cette ville déjà reconnue par les maisons de production et les professionnels du cinéma en une destination de tournage performante.

Selon le rapport du conseil, Ouarzazate, qui sera dotée d'une offre en studios et décors diversifiés, répondra aux standards de qualité internationaux. Outre ses répercussions sur le cinéma, cette vision stratégique ambitieuse aura d'autres retombées sur la région. Mohamed Bakrim, délégué du CCM à Casablanca et chargé de la communication, nous explique : «Cette stratégie aura des retombées économiques, sociales et culturelles sur la région. Sur le plan économique, il y aura bien sûr la création de plusieurs offres d'emploi, ainsi que la promotion touristique de la ville.»

L'enveloppe globale estimée à 43 millions de dirhams sera versée sur six principaux chantiers dont le premier porte sur la communication et la promotion de Ouarzazate à travers la mise sur pied d'une «Film commission». Cette dernière aura pour mission de faciliter l'accueil des tournages et de promouvoir le lieu et les ressources locales auprès des producteurs par entre autres la création d'un label Ouarzazate, des road shows dans les festivals internationaux les plus prestigieux et des sites Internet.

La stratégie compte développer le concept «one stop shop», à l'instar de Warner Bross Studios à Hollywood et Dreamworld Fim City à Cape Town. Le concept en question fera de la ville l'unique interlocuteur du producteur en lui offrant tous les services de pré-production, de production et de post-production nécessaires à la conception de son film. La formation et le recensement des compétences figurent également parmi les priorités de la stratégie. Le troisième chantier vise en effet à homogénéiser le niveau de l'ensemble des techniciens et créer de nouvelles compétences dans des métiers non existants actuellement, comme les scénaristes ou les truquistes. Rappelons que la ville s'est dotée récemment d'un institut spécialisé dans les techniques du cinéma (l'institut de la formation aux métiers de l'image) et de deux départements spécialisés à l'université de Ouarzazate.

Ces centres de formation permettront certainement de former des jeunes dans ce domaine selon M. Bakrim. Attentive à l'emplacement de la ville par rapport à ses concurrents, la stratégie instaure une veille concurrentielle avec la réalisation régulière d'enquêtes sur les pays concurrents. Des enquêtes qui porteront sur des critères arrêtés préalablement par la «Film commission» tels que les coûts salariaux pratiqués et les subventions octroyées. Sur cet aspect de concurrence, M. Bakrim nous déclare : «Je pense que Ouarzazate a plusieurs atouts pour faire face à la concurrence.

Les atouts historiques et naturels, les bonnes conditions du travail, le savoir-faire de nos techniciens, les facilités administratives instaurées par le CCM ainsi que le soutien politique des pouvoirs publics, font de cette ville la destination idéale des réalisateurs étrangers». Nul film ne pourra être réalisé sans les infrastructures nécessaires.

Raison pour laquelle, le cinquième chantier de la stratégie repose sur la mise en place d'équipements dédiés aux tournages, à la santé, aux télécommunications et à l'animation sur place.

Le dernier chantier, quant à lui, porte sur la mise en place d'un système d'incitation financière à offrir aux maisons de production. Et ce, à travers l'octroi d'aides fiscales à l'implantation dans la région et la simplification des procédures douanières pour les importations temporaires de matériel cinématographique.

Finalement, la stratégie 2016 fera sans doute passer le cinéma du stade artisanal à une véritable industrie. Selon les premières estimations, les films tournés à Ouarzazate et sa région passeraient de 11 en 2005 à 38 en 2016, devant générer quelque 2 milliards DH de revenus et 8.000 emplois. Des chiffres dont les retombées seraient énormes pour Ouarzazate ainsi que pour sa région.

Un appel à projet pour le 7e Art
Pour le développement de l'industrie cinématographique de Ouarzazate et de la région Souss-Massa-Drâa, le Conseil régional vient de lancer un appel à projet. Ce dernier vise à soutenir et accompagner les activités pouvant améliorer l'attractivité de la filière, dans les domaines de production exécutive, de direction de casting, d'ingénierie son, de lumière, de prise de vue, de direction photo, des effets spéciaux, de construction de décors, des costumes et accessoires, de maquillage et de coiffure. Il s'agit aussi des activités favorisant les synergies entre tourisme et cinéma et la location d'équipement.

Pour pouvoir bénéficier de ce fonds, doté d'une enveloppe globale de 3 MDH, les candidats doivent avoir le siège et le lieu d'implantation du projet dans la région Souss-Massa-Drâa, être en cohérence avec la stratégie de développement de l'industrie cinématographique du Conseil régional. Ils doivent aussi proposer des résultats concrets et innovants au profit de l'industrie cinématographique de la région, disposer d'une formation ou d'une expérience suffisante dans le domaine choisi tout en respectant les formalités juridiques et autorisations nécessaires relatives à la réalisation du projet.

Source: http://www.lematin.ma/Actualite/Journal/ ...
 

• >  "La Commission du Fonds de soutien cinématographique entame ses travaux" dans Le Matin (Maroc)
 
Abdallah Darkaoui revient pour Le Matin sur la nouvelle composition la Commission du Fonds de soutien cinématographique marocaine.

La Commission du Fonds de soutien cinématographique pour l'année 2008 a été annoncée officiellement, la semaine dernière, par Khalid Naciri, ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement.

Comme le veut la coutume, les membres de cette commission furent sélectionnés par des représentants de la Chambre marocaine des producteurs des films en accord avec le Centre cinématographique marocain, avant d'être présentés au ministre de la Communication. « La liste que nous avons arrêtée ne comportait pas le nom de l'écrivain et philosophe Bensalem Himmich. Il a été nommé président de la Commission par le ministre lui-même qui a, en effet, le droit de joindre d'autres personnes de son choix », précise des cinéastes qui ont participé à la préparation de la liste de la Commission.

Mais n'empêche que cette nouvelle commission (dont les précédentes ont de tout temps suscité des interrogations) a été approuvée par beaucoup de cinéastes. «Je pense que les membres de la Commission de Fonds de soutien de cette année ont tous une connaissance et une affinité certaine avec le cinéma, même s'ils proviennent d'horizons différents. Je trouve aussi que le choix de Bensalem Himmich, à la tête de cette commission, est judicieux pour deux raisons.
D'abord, il constitue un point très important pour un rapprochement plus intense entre les écrivains et les réalisateurs. Une rencontre qui ne sera que bénéfique pour le secteur du 7e Art.

Secondo, il faut savoir que Bensalem Himmich a déjà une connaissance préalable sur le cinéma, du fait que lui-même est scénariste et a déjà présenté des œuvres qui ont été réalisés. Donc, sa notion sur ce volet n'est pas à discuter», affirme le réalisateur Saâd Chraibi, membre actif de la Chambre marocaine des producteurs des Films, ajoutant par la même occasion que la réussite d'un film repose, essentiellement, sur le choix d'un bon sujet, d'une bonne maison de production, puis d'un bon réalisateur. Cette Commission du Fonds de soutien, dotée de soixante millions de dirhams, est donc censée étudier les projets de films présentés (courts et longs métrages), devant bénéficier d'une subvention financière après l'approbation de la majorité des membres.

Son travail s'étalera sur trois phases, dont la première a déjà entamé ses travaux avec huit films (sept longs-métrages et un court-métrage). Donc, après un mois et demi, à compter du mardi 12 février, les différents compétiteurs de la première phase connaîtront les résultats déclarant les noms des heureux élus parmi les huit titres présentés, notamment «Vie courte» de Adil Fadili, «Mort à vendre» de Faouzi Bensaidi, «Ce que veulent les hommes» de Noureddine Doukna, «Boucher amateur» de Abdelhai Laraki, «Femmes et femmes dix ans après…» de Saâd Chraibi, «Destin» de Mohamed Nacharat, «Rap night» de Hamid Ziane, puis «La potence» de Salma Bargach.

Mais, la question qui se pose est celle de savoir si ces 60 millions de dirhams permettront de nous offrir des productions cinématographiques à la hauteur ? «Ces 60 millions de dirhams peuvent apporter leurs fruits s'ils sont distribués d'une façon optimale et efficace pour produire des films dans des conditions professionnelles. Nous avons déjà fait l'expérience avec la quantité en produisant 12 à 15 films, par an, avec ce Fonds de soutien. Ce qui a été positif du point de vue chiffre.

Mais sur le plan qualité, nous ne sommes pas encore arrivés à faire des films de dimension internationale. Maintenant, nous devons passer au stade de la recherche de la qualité. C'est fort possible, si nous pouvons nous contenter de 7 à 8 films produits dans des conditions internationales au lieu des 12 à 15 films assez moyens qui ne pourront jamais égaler les productions internationales», ajoute Saâd Chraibi.

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• >  "Il faut sauver le film africain" par Renaud de Rochebrune pour Jeune Afrique
 
A l'occasion de la grande rétrospective Africamania organisée à la Cinémathèque Française, Renaud de Rochebrune a rencontré son directeur pour Jeune Afrique.

Du 17 janvier au 17 mars, Africamania fête les 50 ans du septième art subsaharien à la Cinémathèque française de Paris. Son directeur, Serge Toubiana, explique le sens de cette initiative. Et revient sur les difficultés actuelles de production et de diffusion.

Le cinéma africain, du moins celui du sud du Sahara, si rare sur les écrans parisiens - Bamako d’Abderrahmane Sissako et Daratt de Mahamet Saleh Haroun ayant seuls fait brillamment figure d’exception ces deux dernières années -, sera omniprésent dans la capitale française pendant deux mois entre le 17 janvier et le 17 mars prochains.
L’illustre Cinémathèque française, la plus ancienne et la plus prestigieuse des institutions de ce type dans le monde, celle qui a « éduqué » tant de cinéphiles et même tant de cinéastes de tous pays au palais de Chaillot puis aujourd’hui dans le magnifique bâtiment édifié par Frank Gehry sur l’emplacement des anciennes halles de Bercy, a en effet décidé d’organiser une grande manifestation en l’honneur du cinéma africain, Africamania.
La quasi-totalité des films qui ont fait depuis un demi-siècle l’histoire du cinéma de l’Afrique noire, depuis le premier court-métrage tourné par des Africains à Paris (Afrique sur Seine en 1957) et les premiers courts- et longs-métrages réalisés en Afrique par un Africain (Borrom Sarret en 1963 et La Noire de… en 1966, tous deux de Sembène Ousmane), seront ainsi projetés, souvent en présence des cinéastes. Ne manqueront à l’appel que quelques films de premier plan, comme Guimba, le chef-d’œuvre du Malien Cheikh Oumar Cissoko couronné au Fespaco en 1995. Une dizaine parmi les 80 films de 25 pays au programme seront même des inédits proposés en avant-première. Une heureuse initiative… d’autant que la plupart de ces films, tous récents et en général de bonne facture, n’ont pas trouvé de distributeur. Ils risquent donc bien de ne pouvoir rencontrer en France le public en salles qu’à cette occasion.
C’est en effet au moment même où le cinéma africain est devenu quasi invisible hors des festivals, faute de salles dans la plupart des pays du continent et faute de distributeur à l’extérieur, que la Cinémathèque organise Africamania. D’où l’intérêt que devraient rencontrer les tables rondes et autres occasions de débat qui seront nombreuses durant la manifestation.
Car, comme l’explique ici Serge Toubiana, 58 ans, ancien rédacteur en chef des Cahiers du cinéma et directeur général de la Cinémathèque depuis 2003, l’objectif principal d’Africamania est d’aider à la relance d’un cinéma qui, même s’il a été brièvement à la mode autour des années 1990, a toujours du mal à prendre son essor.

Jeune Afrique : Pourquoi organiser une telle manifestation aujourd’hui ?
Serge Toubiana : Il y a un an, j’ai été invité par le très grand cinéaste malien Souleymane Cissé à Bamako, à l’occasion de rencontres qu’il organisait, où il était question notamment des conditions de production et de préservation des films. J’ai vu le dénuement absolu dans lequel est plongé le cinéma de l’Afrique noire. À quel point son existence est ténue et fragile et à quel point il est peu visible. Et en rentrant à Paris, parlant avec mes collaborateurs, j’ai pris conscience de ce que nous-mêmes, à la Cinémathèque, nous montrions très peu le cinéma africain. Il est vrai que ce dernier compte peu d’auteurs qui ont une grande filmographie se prêtant aux hommages ou aux rétrospectives, ce qui est notre spécialité.
On s’est alors dit qu’il fallait faire quelque chose de spécial, un hommage à l’ensemble du cinéma africain. Costa Gavras, le président de notre conseil d’administration, a tout de suite été enthousiaste. Et l’accueil a partout été très favorable, du côté des cinéastes mais aussi des institutions, des ministères. Et voilà comment c’est parti, avec l’idée à la fois de proposer une vaste programmation à partir de tout ce qui existe et d’organiser des débats. Pour essayer en particulier de comprendre, sans craindre de susciter peut-être la colère de tous les acteurs de l’univers du cinéma africain qu’on devra écouter, pourquoi celui-ci est à ce point en panne. Même si, il faudra en parler, il y a des signes d’espoir ici et là, surtout, je crois, en Afrique anglophone, des frémissements, des initiatives, notamment grâce au développement du cinéma numérique, qui peut permettre de faire des films moins chers.

Des frémissements sans doute, mais trouvez-vous normal que, depuis une bonne dizaine d’années, même des films primés dans le plus grand festival africain de cinéma, le Fespaco, ne trouvent plus de distributeur ?
Vous pourriez ajouter à ce triste constat que cela fait dix ans qu’aucun film africain n’a été en compétition à Cannes. Je ne doute pas de l’intégrité de Gilles Jacob et de Thierry Frémaux, qui dirigent le festival et ses sélections officielles, mais ce n’est pas normal non plus.
J’en ai d’ailleurs parlé avec Frémaux, en lui disant que je ne comprenais pas pourquoi Bamako, le film de Sissako, n’avait pas été en compétition en 2006. Il avait toutes les qualités pour le mériter. En plus, cela aurait aidé le cinéma africain tout entier, en redonnant de la fierté, du courage, de l’énergie à cette cinématographie.

Sembène Ousmane lui aussi avait été ignoré par la compétition cannoise juste avant, quand il avait sorti Moolaadé l’année de ses 80 ans…
Vous aurez remarqué qu’on a justement dédié l’ensemble du programme d’Africamania à Sembène Ousmane, mort il y a quelques mois. Car, là encore, nous avons ressenti une espèce de gêne, nous disant que nous n’avions peut-être pas fait tout ce qu’on aurait dû faire pour lui, pour lui accorder toute la reconnaissance que justifiait son travail.
Je suis très triste par ailleurs que Souleymane Cissé, qui est un très grand cinéaste, n’ait pas tourné depuis plus de dix ans, que Gaston Kaboré, qui se préoccupe désormais surtout de son école de cinéma à Ouagadougou, ne tourne plus. Plus que tout autre, le cinéma africain a besoin d’être encouragé, c’est parce qu’il est fragile qu’il faut lui donner de la force, comme on tente aujourd’hui de le faire avec nos moyens.
Mais il faut, bien sûr, éviter en même temps d’être paternaliste, de dire que des films sont bons s’ils ne le sont pas. Comment améliorer les choses ? Il n’y a pas de pôle cinématographique en Afrique noire, il n’y a pas d’industrie du cinéma à proprement parler, donc le montage des projets passe nécessairement par l’Europe, souvent par Paris, et c’est un gros handicap d’avoir à passer par ce filtre.
Il est certain qu’en fin de compte ce sont les cinéastes africains eux-mêmes qui doivent trouver la solution à leurs problèmes. Ils ont leur destin entre leurs mains. Est-ce qu’une nouvelle génération de cinéastes réussira à inventer d’autres filières pour réaliser des films, sans passer par l’Europe ?

À quoi attribuez-vous cette sorte d’invisibilité du cinéma africain aujourd’hui ? Est-ce simplement une injustice dont souffre une cinématographie qui n’est plus à la mode ? Y a-t-il un problème de qualité ? Faut-il incriminer, au-delà de la faiblesse de l’industrie, de la production, celle des marchés locaux en Afrique même où il n’y a que très peu de salles ?
Toutes les hypothèses que vous évoquez sont à des degrés divers des éléments importants du problème. Mais il y a aussi un phénomène général, planétaire, dans l’univers du cinéma. Celui-ci s’articule de plus en plus entre deux pôles. Disons, pour simplifier, d’un côté le cinéma américain, de plus en plus dominant, et de l’autre celui du reste du monde, avec un rôle central pour la France.
Tout ce qui est indépendant est soumis aujourd’hui à une pression énorme, subit les lois d’airain d’un marché en voie de concentration accélérée. On assiste de plus en plus à des sorties massives, rapides, coûteuses, où le public ne peut voir un film qu’en très peu de temps - en quinze jours, la plupart des films ont disparu de l’affiche. On a changé d’époque en dix ans, avec les multiplexes et cette évolution vers la concentration de toute l’économie du cinéma.
Comment voulez-vous qu’un film qui arrive de Bamako, de Ouagadougou ou de Conakry puisse trouver un distributeur, avoir le temps de s’installer, d’être découvert par les journalistes puis par le public ? Le rythme actuel du cinéma, hypertendu, est aux antipodes de celui qui serait le mieux adapté au cinéma africain. Ce cinéma-là, avec ses récits, ses contes qui font son charme, a besoin de temps. Cette évolution défavorable concerne tout le cinéma d’auteur, sans doute, mais l’Afrique en est la première victime.

Il y a pourtant d’autres régions du monde qui s’en sortent mieux, même en parlant de cinéma d’auteur, comme par exemple la Corée ou l’Argentine, sans parler de la Roumanie, dont les cinématographies ont connu le succès récemment…
Certes, vous avez là des pays qui ont produit presque simultanément quelques films qui ont été remarqués dans des festivals, puis qui ont connu un certain succès, toutes proportions